Histoire

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Patrimoine

Lors de l’élaboration du PLU , un inventaire des bâtiments avec un  intérêt architectural a été réalisé par le Pôle Pays d’art et d’histoire de Saint‐Omer et l’Agence d’urbanisme.  ( Photographies et textes :  agence d’urbanisme et de développement Pays de Saint-Omer – Flandre intérieure)

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Les explorateurs d’Ecques

Patrimoine

Lors de l’élaboration du PLU , un inventaire des bâtiments avec un  intérêt architectural a été réalisé par le Pôle Pays d’art et d’histoire de Saint‐Omer et l’Agence d’urbanisme.  ( Photographies et textes :  agence d’urbanisme et de développement Pays de Saint-Omer – Flandre intérieure)

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Les explorateurs d’Ecques

Les Anecdotes historiques

Le 10 mars 1424, Colin Claye et sa femme, Marie Foye, tous deux originaires de la région de Furne en Flandre, sont arrêtés à la suite de l’assassinat d’un autre Flamand, Jean de Wede. Colin Claye, qui avait encore les mains tachées de sang et était en possession de la bourse de la victime au moment de son arrestation, est soumis à la question (torture), mais il nie. Il est transporté à Saint-Omer avec sa femme. Là, des témoins accusent le mari, qui est aussitôt renvoyé à Ecques où il est jugé devant le tribunal composé du bailli, des échevins et de francs hommes, puis exécuté le 13 mars : il est traîné à un cheval par le bourreau de Saint-Omer avant d’être pendu. Sa femme, accusée de l’avoir aidée, est elle aussi soumise à la question ; après avoir avoué, elle est à son tour condamnée et brûlée vive par le même bourreau le 21 mars, devant une foule de près de 3000 personnes venues de Saint-Omer et de Thérouanne pour assister au « spectacle ».

JLP

Pour en savoir plus : A. Courtois, « La justice criminelle en Artois au quinzième siècle », Bulletin de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie 2, 1858, p. 576-590.

Au sommet de la tour de l’église, la chambre des cloches compte trois emplacements, mais un seul – celui du nord – est occupé depuis la Révolution, moment où furent déposées les deux plus petites cloches pour être fondues.

La grande cloche datait de 1624, mais elle est fêlée. L’ancienne cloche est donc refondue, et son métal sert de matière première à la nouvelle, ce qui a l’avantage d’en réduire le coût.

Le 15 août, le conseil municipal décide de lui donner le nom de Marianne – la loi de séparation des Églises et de l’État est encore dans toutes les mémoires. L’idée de graver le buste de la République, initialement évoquée, est finalement abandonnée pour ne pas dépasser le budget. Qu’à cela ne tienne, l’inscription énumère le nom de la commune et la date, la mention République française, le nom de la cloche, ceux des parrain et marraine, ainsi que des douze conseillers municipaux, maire et adjoint en tête. En bas, figure le nom de l’entreprise Dubuisson de Paris, qui est chargée des travaux.

Une nouvelle cloche à l'église en 1908
Le 25 octobre se déroule le baptême de la cloche. L’évêque, Mgr Williez, a donné à l’abbé Bodescot les pouvoirs pour ladite bénédiction, et c’est lui qui a choisi les parrain et marraine. Une croix gravée sur la cloche fait le pendant aux inscriptions.

JLP

Pour retrouver le texte complet de l’inscription : J.-L. Podvin, G. Pouchain, « L’église Saint-Nicolas à Ecques : un patrimoine méconnu », Bulletin de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie, t. XXVII, n° 473, mars 2013, p. 337-358.

La disparition d’Yves Bertin en janvier 2015, au début de son second mandat de maire, a suscité une vague d’émotion dans sa commune d’Ecques mais aussi dans l’ensemble de l’Audomarois. Il est en effet rare de voir ainsi le premier magistrat d’une commune s’éteindre alors qu’il est aux affaires. Pourtant, en remontant dans l’histoire, on peut retrouver d’autres exemples de maires décédés pendant qu’ils étaient en fonction.

C’est d’abord le cas du premier maire d’Ecques, le chirurgien Paul Warlencourt. Élu en février 1790, il assume ensuite des fonctions au niveau du district, l’équivalent de notre arrondissement actuel, avant de revenir aux affaires communales de 1793 à 1795, date à laquelle l’administration municipale disparaît au profit de l’administration cantonale. On le retrouve à nouveau à la tête de la commune au moment du rétablissement de l’administration municipale en 1800, et ce jusque 1811, où il meurt le 14 janvier à 63 ans, peut-être lors d’un épisode épidémique (onze morts en un mois).

Quelques années plus tard, c’est Adrien Ringart, qui assure les fonctions de maire en juillet 1816. Officier de santé et beau-fils de Paul Warlencourt, il décède subitement à 44 ans à Rebecques, le 13 juillet 1821, au cours d’une visite à ses malades de Crecques. Dans ces deux cas, il est possible que la profession de ces édiles ait concouru à leur disparition.

Au milieu du XIXe siècle, Liévin Delohen, arrivé à la tête de la commune en novembre 1846, se distingue par son hostilité envers l’abbé Bonnière, prêtre de la paroisse, et son soutien à l’instituteur Becquart, républicain convaincu. Il meurt le 3 septembre 1849 à 54 ans, lors d’un épisode de choléra qui fait une quinzaine de victimes en un mois. Là encore, sa présence auprès des familles malades lors des procédures d’enregistrement des décès a probablement entraîné sa mort.

Après l’effervescence de la IIe République, les maires sont beaucoup plus modérés politiquement. Ainsi, Jean Baptiste Bouvart, cultivateur, est maire à partir de juillet 1852 et pendant toute la durée du Second Empire. Il devient même, en 1864, conseiller d’arrondissement en battant le maire d’Aire, Warenghem. Au moment de son décès, le 19 juin 1872, à 54 ans, il a droit à des funérailles grandioses à l’église à laquelle il était très attaché : le prêtre va jusqu’à faire réaliser un catafalque dont le coût de 18 francs est pris en charge par la fabrique dans ses dépenses extraordinaires.

En 1887, après seulement une année de mandat, c’est Henri Caron, agriculteur, qui meurt prématurément en avril, à l’âge de 41 ans. Son adjoint – à l’époque, il n’y avait qu’un adjoint – fait office de maire pendant un an, jusqu’aux élections de mai 1888.

En janvier 1918, peu avant la fin de la guerre, Eugène Renard, 56 ans, meurt après dix années d’exercice. De constitution robuste, cet ancien commissaire-priseur à Aire avait encore, la veille, fait une partie de chasse aux animaux nuisibles. L’événement ne passe certes pas inaperçu, mais à Ecques comme ailleurs, la guerre et son cortège de morts sont en première ligne : à la fin de celle-ci, la commune ne compte pas moins de 75 victimes.

En novembre 1924, le successeur d’Eugène Renard, Arnould Canler, par ailleurs brasseur, s’éteint avant la fin de son mandat.

Il faut ensuite attendre 1965 et la disparition d’Euloge Tourneur, âgé de 70 ans, ancien ingénieur des télécommunications qui venait d’entamer son second mandat, pour voir un maire disparaître en exercice.

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Au cœur de l’été 1666, la peste bubonique sévit dans la région, notamment à Dunkerque. Le village d’Ecques n’est pas épargné, peut-être à cause du déplacement de soldats venant des zones contaminées. Plusieurs familles sont malades, et des décès sont constatés. Le 16 août 1666, un espace spécifique est béni par le curé, Nicolas Bart, « pour la sépulture des pestiférés ». Une semaine plus tard, le 23 août, le prêtre succombe à son tour à la maladie. Sa dépouille est sortie du presbytère par la fenêtre, au moyen d’un crochet à fumier, car on veut éviter de la toucher.

Compte tenu du lieu où est implanté ce cimetière des pestiférés, face à l’actuelle station d’épuration, on peut raisonnablement penser que c’est au hameau de Rons que l’épidémie a fait des ravages : il n’était pas question de transporter ces corps loin du lieu du décès, ni de les mêler aux autres défunts. Les cadavres étaient recouverts de chaux et enterrés profondément dans ce cimetière éloigné du village.

Des messes en l’honneur de saint Roch sont financées par des paroissiens le 16 août, jour anniversaire de la fondation du cimetière ; une statue en l’honneur de ce saint, réputé pour son efficacité contre la maladie, est mise en place dans l’église Saint-Nicolas, avec un autel spécifique jusqu’à la Révolution.

Il semble que l’épidémie ait disparu du village, mais elle reste encore vivace pendant trois ans dans les alentours, touchant Aire, Saint-Omer, différents villages, avant de se propager en Flandre.

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Pour en savoir plus : J.-L. Podvin, « Un épisode de peste à Ecques en 1666 », Bulletin de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie, t. XXVIII, n° 477, 2017, p. 437-443.

Un corps de pompiers à Ecques

Pour faire face aux incendies fréquents et souvent dévastateurs, des ordonnances de police antérieures à la Révolution exigeaient que les habitants luttent contre les incendies. Mais les moyens, surtout dans les villages, étaient dérisoires. Devant la multiplication des sinistres, les communes sont encouragées à se doter d’une pompe à bras, et la commune d’Ecques, sollicitée dès 1842, ne franchit le pas qu’en 1865.

Encore faut-il savoir manier le matériel. En 1879, une société de sauvetage est créée. L’équipement pour équiper la quarantaine d’hommes est rudimentaire (casque, ceinturon) et s’ajoute aux dépenses en tuyaux, échelles, et seaux de toile qu’il faut renouveler régulièrement. Le statut des hommes est précaire. Aussi décide-t-on d’aller plus loin au début du XXe siècle en fondant, en 1907, un corps de sapeurs-pompiers de 30 hommes (un officier, deux sous-officiers et 27 hommes), âgés de 23 à 74 ans. Dirigés par le lieutenant Auguste Tassart, ils démontrent leur efficacité dans le village, mais aussi en intervenant à Quiestède lors du grand incendie de la cartonnerie le 23 avril 1912. Les sapeurs-pompiers se dotent d’une société de tir en 1908 et d’un drapeau en 1910, dans un contexte de préparation militaire à la guerre.

Cinq hommes du corps sont tués pendant la Grande Guerre. Émile Lardeur succède à Tassart en 1923 et reste à la tête du corps jusque 1947, avant de céder la place à Jacob d’Hooghe. Après la Seconde Guerre mondiale, il faut moderniser le matériel, ce qui coûte trop cher. Faute de motopompe, le corps est condamné, d’autant que l’amélioration des moyens de communication permet des interventions d’unités basées plus loin, mais mieux équipées (Aire, Saint-Omer). Le corps est dissous le 30 juin 1950, et seule la remise des pompiers témoigne encore de son existence.

Remise des pompiers, rue de la Basse-ville

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Pour en savoir plus : J.-L. Podvin, « Incendies et pompiers à Ecques, des années 1840 à 1950 », Bulletin de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie, t. XXVIII, n° 478, 2018, p. 573-594.

photo corps de pompiers 1879

La question de la séparation des Églises et de l’État a profondément marqué la France au début du XXe siècle, entraînant des divisions depuis le sommet de l’État jusqu’au moindre des villages. La commune d’Ecques n’échappe pas à la règle.

L’abbé Eugène Bodescot , nommé à Ecques en 1902, y reste jusqu’en 1911. Dans le bulletin paroissial qu’il a créé en 1903, Le Petit Saint-Nicolas, il dénonce violemment ces lois qu’il considère comme mauvaises, mais qui sont finalement votées en décembre 1905.

Quand le 22 février 1906, en vertu de celles-ci, il faut procéder aux inventaires des biens de l’église, il essaie de s’y opposer en s’appuyant sur le droit. Le percepteur, flanqué de deux gendarmes, se voit ainsi refuser l’accès au bâtiment, car la loi prévoit que cet inventaire soit dressé par un agent des domaines, ce que n’est pas le percepteur.

L’inventaire se déroule pourtant quelques jours plus tard, le 3 mars 1906, non sans quelques réticences formelles du curé qui a cette fois en face de lui un agent des domaines et quatre gendarmes.

Conséquence de ces déchirements, la tension demeure vive jusqu’à la Première Guerre mondiale entre les laïcs, notamment autour de l’instituteur Brunot, et les cléricaux, derrière l’abbé Bodescot. On en arrive même aux mains, aux procès et aux dénonciations calomnieuses…

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Pour en savoir plus : J.-L. Podvin, « Instituteur contre curé à Ecques, de 1905 à 1912 », Bulletin de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie, t. XXVIII, n° 475, mars 2015, p. 35-41.

L’église d’Ecques a la particularité de se trouver à un point bas de la commune, ce qui occasionna dans le passé de nombreuses inondations. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les habitants adressent une pétition au chapitre cathédral de Saint-Omer, propriétaire des lieux, afin que le sol de l’église soit rehaussé et mis hors d’eau. Leur demande reste lettre morte.

Près d’un siècle plus tard, en octobre 1842, l’abbé Bonnière, alors en charge de la paroisse, écrit au préfet et à l’évêque avec le soutien du maire, Guillaume Lardeur, pour obtenir des fonds afin de rehausser le pavé de 18 cm et mettre l’église hors d’eau, car elle était une quinzaine de centimètres plus bas que le cimetière, régulièrement inondé par les eaux malgré une digue d’un mètre cinquante élevée à la limite nord de celui-ci. Il se plaint que l’eau remonte par le pavé et stagne pendant plusieurs semaines dans l’église, détériorant les boiseries, rendant l’édifice malsain et insalubre, et surtout dissuadant les fidèles de s’y rendre. L’enquête menée par les services de l’État conclut cependant à la faisabilité de l’opération par la commune elle-même, par le biais d’une augmentation d’impôts…

L’abbé s’adresse alors en novembre 1842 à la reine des Français, Marie-Amélie, épouse de Louis-Philippe, toujours avec l’appui du maire qui espère ainsi éviter une nouvelle imposition. Il fait appel « au zèle de Sa Majesté pour la religion », espérant trouver plus de complaisance de son côté. On n’a pas conservé de réponse de la reine, mais la démarche demeura vaine.

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Pour en savoir plus : J.-L. Podvin, G. Pouchain, « L’église Saint-Nicolas à Ecques : un patrimoine méconnu », Bulletin de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie, t. XXVII, n° 473, mars 2013, p. 337-358.

L’église d’Ecques fut pourvue d’une sacristie fort tôt, et plusieurs documents attestent son existence au XVIIe siècle. À l’extrémité du chevet plat de l’édifice (donc à l’Est), les traces d’une porte, bouchée par des briques, permettent d’en connaître l’emplacement. Elle fut supprimée, peut-être à la Révolution, et les prêtres durent alors se contenter d’un espace situé dans le chœur, derrière le maître-autel qui était alors un peu plus avancé.

Cela fut considéré comme inconvenant au fil du temps et, en 1862, le conseil municipal vote la construction d’une nouvelle sacristie, financée par une vente d’arbres. Elle est située sur le côté sud du chœur, dans l’angle formé avec le bras sud du transept.

Construite en briques, cette sacristie est de style néogothique. Son toit était à deux pans à l’origine, mais il fut modifié après la Seconde Guerre mondiale pour n’en conserver qu’un seul (toit en appentis), réduisant ainsi les risques d’infiltration. Cela cache ainsi une des baies vitrées du chœur.

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Pour en savoir plus : J.-L. Podvin, G. Pouchain, « L’église Saint-Nicolas à Ecques : un patrimoine méconnu », Bulletin de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie, t. XXVII, n° 473, 2013, p. 337-358.

En avril 1850, l’instituteur d’Ecques, Augustin Becquart, est révoqué. Le jeune instituteur, natif de Mametz, était arrivé dans la commune en janvier 1846, pour remplacer Silvain Patin, mort en novembre de l’année précédente. Bien que le curé de la paroisse, l’abbé Bonnière, ait favorisé son recrutement, il entre en conflit avec lui et les choses s’aggravent lors de la mise en place de la IIe République, en février 1848.

Pétri d’idéal républicain, Becquart s’enthousiasme pour de grands projets égalitaires, qui vont à l’encontre de l’opinion générale en France, méfiante à l’égard de ces instituteurs progressistes. La loi Falloux du 15 mars 1850, précédée d’une autre le 11 janvier de la même année, donne la possibilité aux préfets de se débarrasser de ces brebis galeuses, et c’est chose faite dans les premiers jours d’avril. On l’accuse notamment de ne pas prodiguer l’enseignement religieux, et de développer une propagande socialiste.

Becquart, soutenu par la municipalité de l’époque dirigée par Antoine Mantel et par une très large partie des habitants qui signe une pétition en sa faveur, a beau tenter un recours, rien n’y fait. La campagne en sa faveur du journal d’Édouard Devaux, L’Eclaireur, ne permet pas de contrebalancer celle de L’Indépendant, hostile à l’instituteur.

Révoqué, Becquart demeure secrétaire de mairie pendant un an, avant que les autorités préfectorales ne s’en aperçoivent et exigent son renvoi sous peine de suppression de toute subvention à la commune. Un moment journaliste dans un journal airois engagé, La Vérité, Becquart devient sous le Second Empire cultivateur, épicier, mineur, cabaretier. Il réapparait sous le IIIe République, et se présente même aux élections municipales. Il meurt le 20 juin 1889, un siècle jour pour jour après le serment du Jeu de Paume…

JLP

Pour en savoir plus : J.-L. Podvin, « Augustin Becquart, instituteur républicain à la campagne au milieu du XIXe siècle », Bulletin de la Commission départementale d’histoire et archéologie du Pas-de-Calais XXXIII, 2015, p. 39-55.

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